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Études

La mise en œuvre du système de lien des brevets pharmaceutiques : comment les fabricants de génériques peuvent‑ils éviter le risque du « précipice de brevets » — La logique juridique du jeu entre la protection des brevets pharmaceutiques et les génériques

Auteur: Lexie Fu / Date de publication: 2026-09-24

Comment les mécanismes du système de lien des brevets pharmaceutiques, l’exception Bolar et la compensation de durée des brevets modifient‑ils le paysage concurrentiel entre laboratoires de médicaments originaux et fabricants de génériques ? S’appuyant sur les jurisprudences les plus récentes, cet article analyse en profondeur les questions juridiques centrales du droit des brevets pharmaceutiques.

I. Cadre institutionnel de la protection des brevets pharmaceutiques

Le régime chinois de protection des brevets pharmaceutiques s’est construit progressivement, passant d’un cadre sommaire à un dispositif élaboré. Il est passé du modèle simple « délivrance de brevet et recours en cas de contrefaçon » à un cadre composite : protection fondamentale des brevets + compensation de durée des brevets + mécanisme de lien des brevets pharmaceutiques + protection des données + équilibre entre licences obligatoires et exception Bolar. Ce cadre vise un équilibre dynamique entre l’incitation à l’innovation des médicaments originaux et l’amélioration de l’accessibilité des génériques.

1. Régime fondamental des brevets

La Loi sur les brevets de la République populaire de Chine et son règlement d’application forment la base de la protection des brevets pharmaceutiques. Si elle applique les mêmes règles générales que pour les autres domaines techniques, elle prévoit des dispositions spécifiques au secteur pharmaceutique :

Objet brevetable : sont protégés les brevets de produit (composés, compositions, formulations), les brevets de procédé (procédés de fabrication, méthodes de contrôle‑qualité) et les brevets d’usage (nouvelles indications, nouvelles voies d’administration).

Conditions de délivrance : nouveauté, activité inventive et applicabilité pratique.

Durée de protection : le brevet d’invention est protégé pendant 20 ans à compter de la date de dépôt.

Exception Bolar : ne constitue pas une contrefaçon le fait de fabriquer, utiliser ou importer un médicament ou dispositif médical breveté afin d’obtenir les informations nécessaires à l’approbation administrative de l’enregistrement du médicament (article 75 de la Loi sur les brevets). Ce mécanisme établit un équilibre entre la mise sur le marché des génériques et la protection des brevets.

2. Système de compensation de durée des brevets pharmaceutiques (PTE)

Introduit lors de la quatrième révision de la Loi sur les brevets en 2020, il vise à compenser le temps absorbé par les procédures d’évaluation et d’approbation des médicaments :

Champ d’application : brevets d’invention relatifs à des médicaments nouveaux ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché en Chine.

Durée de compensation : ne peut excéder cinq ans. La durée totale de protection effective après autorisation du médicament nouveau ne dépasse pas 14 ans.

Fonction : compenser la réduction de la durée effective de protection causée par la longueur des essais cliniques et des procédures administratives, afin d’encourager l’innovation des médicaments originaux.

3. Mécanisme de résolution anticipée des litiges sur brevets pharmaceutiques (système de lien des brevets pharmaceutiques)

Mis en place par les Mesures pour la mise en œuvre du mécanisme de résolution anticipée des litiges sur brevets pharmaceutiques (essai) de 2021, il assure l’articulation procédurale entre l’examen de l’enregistrement des médicaments et la protection des brevets.

Enregistrement des informations brevetaires : le Catalogue des médicaments commercialisés (plateforme chinoise d’enregistrement des informations de brevets des médicaments commercialisés) recueille les données brevetaires des produits pharmaceutiques mis sur le marché.

Système de déclarations sur les brevets : les demandeurs de mise sur le marché de génériques doivent soumettre l’une des quatre catégories de déclarations (catégories I‑IV, équivalentes aux certifications Paragraph IV américaines).

Procédures de règlement des litiges : un délai d’attente de neuf mois s’applique aux médicaments chimiques ; pendant cette période, le titulaire du brevet ou les personnes intéressées peuvent engager une action civile ou demander une décision administrative. Des règles distinctes régissent les produits biologiques et les médicaments traditionnels chinois.

Exclusivité commerciale pour le premier générique contestataire : une exclusivité commerciale de 12 mois est accordée au premier générique chimique ayant remporté sa contestation de brevet et obtenu son autorisation de mise sur le marché.

4. Système de protection des données d’essais pharmaceutiques

Bien qu’il ne relève pas formellement du droit des brevets, il complète sa protection :

Objet protégé : données de demande d’enregistrement de médicaments contenant de nouvelles entités chimiques, données de produits biologiques déposés pour la première fois en Chine, etc.

Durée de protection : six ans pour les médicaments innovants ; trois ans dans certains cas pour les médicaments nouveaux améliorés ; des prolongations peuvent être accordées pour les médicaments orphelins, les médicaments pédiatriques, les vaccins innovants et d’autres produits.

Fonction : empêche les fabricants de génériques d’utiliser directement les données d’essais cliniques des laboratoires originaux pour demander une mise sur le marché après l’expiration du brevet, créant une protection par « exclusivité des données ».

5. Régime de mise en œuvre et de recours

Protection judiciaire : actions civiles en contrefaçon de brevet, y compris les injonctions pré‑contentieuses, les dommages‑intérêts compensatoires et les dommages‑intérêts punitifs (de une à cinq fois le montant des dommages‑intérêts compensatoires en cas de contrefaçon intentionnelle et grave).

Protection administrative : les autorités administratives compétentes en matière de brevets traitent les litiges de contrefaçon et peuvent ordonner la cessation des actes contrefaisants.

Licences obligatoires : en cas d’urgence nationale, de circonstances exceptionnelles ou dans l’intérêt public, l’autorité administrative compétente du Conseil des affaires d’État peut délivrer des licences obligatoires d’exploitation de brevets d’invention (chapitre VI de la Loi sur les brevets). Ce dispositif reste très rarement appliqué dans le secteur pharmaceutique.

6. Articulation entre traités internationaux et droit interne

Accord ADPIC : définit des normes minimales de protection que la Chine, membre de l’OMC, est tenue de respecter.

RCEP, CPTPP et autres accords régionaux : les accords commerciaux régionaux ratifiés par la Chine contiennent des clauses sur la propriété intellectuelle pharmaceutique qui influencent ses dispositions internes.

Ces règles interdépendantes et qui se conditionnent mutuellement forment un mécanisme d’équilibre sophistiqué.

II. Points de litige majeurs dans les contentieux du lien des brevets pharmaceutiques

Le jugement de première instance rendu en 2026 par le Tribunal de la propriété intellectuelle de Pékin dans l’affaire opposant AstraZeneca à un fabricant de génériques apporte des orientations judiciaires essentielles sur trois points de controverse majeurs du système de lien des brevets.

Contexte de l’affaire

Dans une procédure relevant du lien des brevets, un laboratoire de génériques a déposé une déclaration de catégorie 4.2 affirmant que sa solution technique n’entrait pas dans le champ de protection du brevet. AstraZeneca a engagé une action en justice. Au cours de la procédure, le fabricant de génériques s’est engagé à ne pas demander l’autorisation de mise sur le marché tant que le brevet restait valable et a modifié sa déclaration en catégorie 3 (engagement de ne pas commercialiser avant l’expiration du brevet). Sur la base de cet engagement, AstraZeneca a retiré sa plainte. Par la suite, le générique a obtenu son autorisation de mise sur le marché, été référencé sur plusieurs plateformes d’achats pharmaceutiques et fait l’objet de ventes effectives dans plusieurs régions. AstraZeneca a engagé une nouvelle action pour contrefaçon de brevet.

Point de controverse 1 : valeur contraignante de l’engagement de « non‑commercialisation temporaire »L’engagement pris par un fabricant de génériques dans le cadre d’un contentieux de lien des brevets est‑il contraignant ? Le tribunal répond clairement : une fois que l’engagement a permis le retrait de la demande de la partie adverse, il ne peut pas être dénié librement dans les procédures ultérieures. Cela découle du principe de bonne foi et préserve la crédibilité de l’ensemble du système de lien des brevets pharmaceutiques.

Point de controverse 2 : critère d’appréciation du contournement de brevet (design‑around)Les laboratoires de génériques peuvent‑ils contourner un brevet en modifiant simplement certains paramètres techniques ? Au‑delà des valeurs numériques isolées, le tribunal s’est attaché à l’essence de la solution technique. Un véritable contournement suppose des modifications techniques substantielles, et non de simples ajustements formels des modes de calcul.

Point de controverse 3 : le référencement sur plateforme constitue‑t‑il une « offre de vente » ?Le tribunal a jugé que le référencement effectif sur les plateformes d’achats provinciales et municipales avec un statut de transaction active envoie un signal d’approvisionnement au marché et dépasse le stade des simples actes préparatoires à la commercialisation.

III. Stratégies de conformité pour les fabricants de génériques

Si les laboratoires de génériques peuvent légitimement recourir à l’exception Bolar et aux mécanismes de contestation des brevets, ils doivent maîtriser des risques importants :

Les déclarations relatives aux brevets doivent être véridiques et précises. Les déclarations de catégorie 4.2 affirmant l’absence de contrefaçon doivent reposer sur des analyses techniques et des évaluations juridiques approfondies, et ne pas correspondre à de simples manœuvres procédurales tactiques.

Le calendrier de mise sur le marché est déterminant. Une commercialisation prématurée alors que le litige sur le brevet reste pendant peut être qualifiée de contrefaçon intentionnelle et entraîner des dommages‑intérêts punitifs.

Les stratégies de contournement nécessitent une collaboration étroite entre équipes juridiques et équipes techniques. Les stratégies qui visent une « non‑contrefaçon formelle » au seul moyen de modifier des paramètres ou des excipients comportent des risques très élevés.

IV. Tendances d’évolution du système des brevets pharmaceutiques

Que signifient ces évolutions pour les acteurs du secteur pharmaceutique ? Premièrement, la conformité ne peut plus être seulement formelle sur papier : il faut construire des systèmes en boucle fermée couvrant l’organisation, les processus internes, la formation des personnels et les audits internes. Deuxièmement, l’évaluation des risques juridiques doit être anticipée dans les décisions commerciales, notamment pour l’accès au marché, la promotion et les stratégies de prix. Troisièmement, il convient de mettre en place des mécanismes permanents de suivi des évolutions réglementaires pour détecter rapidement les changements de politique et adapter les pratiques.

V. Débats et perspectives

Malgré un cadre législatif de plus en plus abouti, plusieurs questions restent ouvertes au débat. Comment trouver l’équilibre optimal entre encouragement à l’innovation et garantie de l’accessibilité aux médicaments ? Les dispositifs institués pour la protection des brevets et la concurrence des génériques sont‑ils suffisamment affinés ? Ces questions relèvent à la fois de l’interprétation juridique et de la politique publique et méritent une attention continue.

La logique centrale des systèmes de brevets pharmaceutiques est l’équilibre : protéger l’innovation pour stimuler la recherche‑développement tout en réservant un espace concurrentiel raisonnable aux génériques. Comprendre et appliquer avec prudence ces règles constitue un prérequis indispensable pour conserver une position compétitive, tant pour les laboratoires de médicaments originaux que pour les fabricants de génériques.

S’appuyant sur des affaires emblématiques du système de lien des brevets pharmaceutiques, cet article analyse les stratégies d’évaluation des risques brevetaires des fabricants de génériques au stade de leur demande de mise sur le marché. Face à la tension permanente entre protection des brevets et accessibilité des médicaments dans le nouveau cadre institutionnel, le rôle des juristes devient de plus en plus essentiel.

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